spacespacespace
photoSemaine éducation médias du 1 au 5 novembre 2010photo photo
photo
photo
photo
spaceAccueilVue d'ensemblePartenairesCommanditairesEnglish
spacespace
space
space
Éducation aux médias 101
shaddow

Impliquez-vous!
shaddow

Dossier de presse
shaddow
space

Archives des articles - 2009

Education aux médias : des technologies intégrées à l’école… ou une école intégrée aux nouvelles technologies ?

Par Emmanuelle Erny-Newton, spécialiste en éducation aux médias, Réseau Éducation-Médias

De nos jours, Internet constitue le grand rival éducatif de l’école. Mais « rival » est-il réellement le mot qui convient ?

Lorsqu’on regarde vivre les jeunes, on est frappé par le plaisir qu’ils prennent à utiliser les nouvelles technologies, tant pour communiquer que pour chercher des informations et s’y distraire. Comparativement, il est assez rare que l’école déclenche chez eux une telle passion, et si c’est le cas, c’est généralement proportionnel à la latitude qu’ils ont à s’y exprimer : l’art, la musique, l’expression écrite et l’éducation physique sont de bons candidats au plaisir.

Une recherche Canadienne toujours en cours du Canadian Education Association, intitulée « What did you do in school today ? », révèle que l’engagement intellectuel des élèves décline brutalement chez les enfants de 6ème, 7ème et 8ème année, et, dans une moindre mesure, dans les années qui suivent.[1]

Pourquoi les jeunes, qui passent des heures à faire des recherches personnelles sur Internet, se désintéressent-ils de manière chronique des enseignements fondamentaux que l’école cherche à grands frais à leur inculquer ?

Sur de nombreux point, le Web offre un contexte d’apprentissage opposé à celui de l’école traditionnelle : on le visite volontairement, tout d’abord, au gré de ses questionnements et de ses intérêts ; l’éducation y est donc centrée sur l’apprenant, elle est décidée et dirigée par lui. Internet, c’est aussi un contenu rendu d’autant plus pertinent qu’il se redéfinit constamment en fonction de l’actualité : c’est un prolongement de la réalité, et les projets communautaires, de plus en plus nombreux, y sont concrets et dynamiques. Enfin, sur le Web on jouit d’un anonymat qui influe grandement sur la teneur des échanges. À la fois confessionnal et porte-voix, Internet permet un nouveau type de communication fondé sur une socialisation médiatisée par la technologie.

L’école fait des efforts considérables pour intégrer les nouvelles technologies à la classe, la première des tâches étant d’équiper les lieux eux-mêmes : ordinateurs en réseau, logiciels scolaires et de bureau, accès Internet. L’étape suivante est d’inciter les enseignants à utiliser les technologies, en lien avec le programme scolaire.

Double défi :

  • Comment enseigner à des jeunes qui ont parfois une meilleure connaissance des TIC que leurs enseignants ? Mais familiarité avec les technologies modernes ne veut pas dire maîtrise de l’approche critique de la technologie, et en conséquence chacun dans la classe – enseignant et élève – se retrouve à la fois professeur et apprenti. Cette inversion du rapport traditionnel entre l’étudiant et l’enseignant pourrait rendre ce dernier mal-à-l’aise, par contre l’occasion est idéale pour démocratiser la salle de classe via un partage d’expérience et d’expertise.

  • Comment lier les technologies au programme scolaire ? Il existe des sites, comme par exemple le site du Ministère de l’éducation, du loisir et du sport (MELS) Logiciels éducatifs [2], qui permettent d’accéder à des ressources éducatives spécialement conçues pour la classe. Cependant, utiliser des ressources appartenant à la réalité du Web – plutôt qu’au bac à sable éducatif – permet de préserver la pertinence de l’apprentissage dans le monde réel et dans la vie des apprenants.

Diane Whiting une enseignante en éducation à la santé, a décidé d’aborder le programme sur les stéréotypes corporels dans Teen Second Life : grâce à la manipulation de l’image corporelle via les avatars et à la médiation du tchat, « (l)’ambiance de la classe changea de façon radicale, se souvient l’enseignante. Les élèves commencèrent à avoir des conversations qui ne se passent habituellement pas en classe. »[3] – Ça, c’est pour le côté confessionnal du Web.

Jon Beasley-Murray, professeur de littérature latino-américaine à l’Université de la Colombie Britannique, a installé quant à lui ses quartiers dans Wikipédia, mettant ses étudiants au défi d’améliorer, ou même de créer des articles sur son sujet, avec pour but qu’ils obtiennent tous le label « Article de Qualité » dans le temps imparti du semestre universitaire.[4] – Ça, c’est pour le côté porte-voix.

Dans les deux cas, le grand « plus » est que cet enseignement va avoir un impact direct et concret sur la vie de ces jeunes, en donnant au jeune l'idée que même dans l’antichambre que constitue l’école, il a son mot à dire au monde, et une place à y prendre.

Pour qu’ultimement chaque jeune puisse prendre part à la construction idéologique et physique de son propre monde, il est nécessaire, en tant qu’éducateur, de mener une réflexion parallèle sur la panoplie de nouvelles compétences dont l’élève doit désormais être outillé. Et la première de ces compétences est l’esprit critique : Internet, média de toutes les expressions, héberge les idées les plus novatrices et les plus humanistes, comme les rumeurs les plus absurdes et les propos les plus racistes. Il s’agit donc, lorsqu’on travaille avec les nouvelles technologies, de développer une réflexion sur ces technologies elles-mêmes : déconstruire les différentes plateformes pour en analyser les forces et les faiblesses. Et reconstruire, s’approprier la technologie en y mettant son propre contenu, afin de partager ses perspectives personnelles : un acte de communication et de créativité qui témoignera concrètement de l’exercice d’un esprit critique.

Mais attention : qui dit esprit critique dit possibilité de l’appliquer à tous les domaines – et à l’école, le programme scolaire risque de ne pas être l’un des moindres : « Madame, pourquoi notre cours d’économie ne parle-t-il pas de modèles alternatifs comme la décroissance [5]? » « Pourquoi n’avons-nous jamais étudié aucune femme compositrice, dans le cours de musique ou dans la classe d’orchestre [6]? »

Alors que nous nous apprêtons à dresser les contours de nouvelles littératies pour le 21ème siècle, prenons-nous donc à rêver que notre réussite en tant qu’enseignant/e/s sera mesurée à l'aune des questions embarrassantes que nos élèves nous poseront !

  1. Canadian Education Association, What did you do in school today? Transforming classrooms through social, academic and intellectual engagement. First National Report, mai 2009. <http://www.cea-ace.ca/media/en/WDYDIST_National_Report_EN.pdf>
  2. Logiciels éducatifs, Commission scolaire de la seigneurie-des-milles-îles. <http://logicielseducatifs.qc.ca/index.php?page=qui>
  3. « Avatars Teach Teens About Self-Image », Edutopia, juin 2009. <http://www.edutopia.org/digital-generation-self-image-avatars>
  4. « Wikipédia et éducation : un exemple de réconciliation », Framablog, 16 février 2009. <http://www.framablog.org/index.php/post/2009/02/16/wikipedia-education-exemple-projet-pedagogique-1>
  5. Latouche, Serge, « A bas le développement durable ! Vive la décroissance conviviale ! », Institue d’études économique et sociales pour la décroissance soutenable. » <http://www.decroissance.org/index.php?chemin=textes/latouche>
  6. Junod, Huguette, « Si les femmes nous étaient contées », Département de l’instruction publique. <http://wwwedu.ge.ch/po/resde/realisa/travaux/francais/sifemmes/biblio.pdf>

**************************************

Le Réseau Éducation-Médias (le Réseau) est un organisme canadien sans but lucratif, reconnu pour son expertise en éducation aux médias. Il a pour objectif de veiller à ce que les enfants et les jeunes acquièrent l’esprit critique et les outils nécessaires pour comprendre les médias et s’en servir judicieusement. Les programmes du Réseau sont financés par des parrains, donateurs et partenaires des secteurs public et privé, dont CTVglobemedia • Canwest • TELUS • L’Autorité canadienne pour les enregistrements Internet • CTV • l’Office national du film du Canada • le gouvernement du Canada.


Articles actuels | Archives des articles 2009 | 2008 | 2007

space




space

Pour nous contacter
Politique de confidentialité
© Réseau Éducation-Médias, 2010
space

Présenté par :

Réseau Éducation-Médiasspace Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants

Commanditaire or :

YouTube