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Archives des articles - 2007

Cyberintimidation : Comprendre et prévenir le harcèlement et l'intimidation en ligne

Article du Réseau Éducation-Médias, un organisme sans but lucratif à l'avant-garde du développement de l'éducation aux médias et à Internet depuis 1996.

En 2003, un jeune Québécois de Trois-Rivières, âgé de 15 ans, qui s'était filmé en train d'imiter maladroitement un personnage de La guerre des étoiles, a abandonné l'école quand des camarades de classe ont mis la main sur la vidéo et l'ont diffusée sur Internet. Le cas figure parmi les exemples les plus publicisés d'un problème qui affecte chaque année des milliers de jeunes canadiens.

Qu'est-ce que la cyberintimidation?

Shaheen Shariff, professeure à la faculté d'éducation de l'Université McGill, en donne la définition suivante : « Le mot désigne une forme d'intimidation psychologique cachée, transmise par différents moyens de communication électroniques comme les cellulaires, les sites Web et les blogues, les bavardoirs, les jeux de rôle ou d'aventure à utilisateurs multiples et les profils en ligne. Selon les moyens disponibles, l'intimidation peut être verbale (téléphones et cellulaires) ou écrite (messages incendiaires, menaces, insultes raciales, sexuelles ou homophobes). » [1]

Quelle est l'étendue du problème?

Un sondage mené en 2005 par le Réseau Éducation-Médias (le Réseau) auprès de plus de 5000 élèves canadiens de la quatrième du primaire à la fin du secondaire révèle que 94 pour cent d'entre eux ont accès à Internet à la maison, en connexion haute vitesse dans une bonne majorité des cas.

La cyberintimidation est en augmentation depuis que les jeunes se servent de plus en plus d'Internet pour communiquer entre eux. Même si, encore maintenant, les jeunes risquent davantage d'être intimidés dans la « vie réelle », le Réseau a découvert que parmi les 34 pour cent d'élèves du secondaire qui disent avoir été victimes d'intimidation, presque un tiers l'ont été sur Internet.

En quoi la cyberintimidation diffère-t-elle de l'intimidation traditionnelle?

Les deux ont beaucoup de points similaires. Il s'agit toujours d'attaques délibérées et à répétitions sur une victime impuissante, mais il existe cependant des différences réelles qui font de la cyberintimidation un problème particulier. [2]

Tout d'abord, les jeunes ne sont pas directement témoins des conséquences de leurs actes. Même s'ils savent qu'ils font quelque chose de mal, ils peuvent facilement se convaincre que la personne visée n'en souffre pas réellement.

En deuxième lieu, les nouvelles technologies permettent aux jeunes d'afficher anonymement n'importe quoi, avec la conviction qu'ils ne se feront jamais prendre. Un sondage mené auprès d'élèves du début du secondaire à Calgary a montré que 41 pour cent des victimes de cyberintimidation ignoraient l'identité de leur agresseur. [3]

Troisièmement, Internet permet de poursuivre une victime 24 heures par jour, sept jours par semaine, même à la maison.

Enfin, un message haineux peut être diffusé sur Internet auprès des millions de personnes. Et, plus nombreux les témoins, pire le harcèlement.

Que peuvent faire les jeunes pour éviter d'être harcelés en ligne?

Les jeunes devraient protéger informations personnelles et mots de passe, éviter de donner leur numéro de cellulaire ou leur adresse de courriel à des étrangers et ne jamais donner le mot de passe de leur compte de courrier électronique ou de leur messagerie instantanée à qui que ce soit, même leurs amis. Bien des amitiés ne sont pas éternelles.

Que peuvent faire les jeunes s'ils sont harcelés en ligne?

Les jeunes devraient prendre note de tous les messages et, retracer, si possible, appels et messages textes en provenance d'un cellulaire. Ils peuvent aussi demander à une compagnie qui héberge un site offensant de le supprimer.

Le Réseau recommande aux victimes de cyberintimidation trois démarches successives faciles à mémoriser.

  • Stopper : ne pas essayer de raisonner ou de discuter avec un agresseur.
  • Bloquer : utiliser un logiciel de blocage pour l'empêcher de vous contacter à nouveau.
  • Dénoncer : prévenir un adulte en qui l'on a confiance (parent, enseignant, entraîneur, conseiller d'orientation), téléphoner à un service d'assistance comme Kids Help Phone ou alerter la police.

Que peuvent faire les adultes pour aider les jeunes à faire face aux agresseurs?

Tout comme dans le cas d'une bataille dans la cour de récréation, la peur des représailles peut empêcher les jeunes d'intervenir quand ils sont témoins de cyberintimidation. Ils doivent être sûrs que parents, enseignants et autres adultes les soutiendront s'ils décident de s'opposer à un agresseur. Les réactions des jeunes sont souvent cruciales pour régler un problème de cyberintimidation, par ce que les agresseurs risquent d'être plus sensibles aux critiques de leurs camarades de classe qu'à celles venant d'adultes.

Que peuvent faire les adultes pour aider les jeunes à adopter une conduite éthique en ligne?

Nancy Willard, du Responsible Netizen Institute, a créé une liste de stratégies qui peuvent aider les jeunes à prendre des décisions éthiques et à se comporter de façon responsable en ligne. On y retrouve les tests suivants.

  • La « Règle d'or » : Comment vous sentiriez-vous si quelqu'un vous faisait la même chose? Vous n'aimeriez pas cela? Alors, c'est probablement mal.
  • L'« Adulte de confiance » : Qu'est-ce qu'un adulte dont vous respectez l'opinion, comme un de vos grands-parents ou un entraîneur, penserait de ce que vous faites?
  • La « Une du journal » : Comme vous sentiriez-vous si vos actions étaient étalées en page couverture d'un grand quotidien?
  • Le « Monde réel » : Est-ce que ce serait correct d'agir de la même façon dans la vraie vie? [4]

N'existe-t-il que des mauvaises nouvelles dans le cyberespace?

Même si cet article traite du côté sombre des communications en ligne, il ne faut pas oublier que la majorité des expériences des jeunes sur Internet sont positives. Lors du sondage le plus récent du Réseau, seulement un quart des élèves ont qualifié de « mauvaises » leurs expériences les plus marquantes sur Internet et, dans une bonne partie des cas, ils faisaient allusion à des problèmes de technologie et non pas de relations avec leurs pairs.

Le Réseau a également découvert que l'implication des parents, l'existence de règles et de discussions sur l'utilisation d'Internet, a un impact positif réel sur le comportement en ligne des jeunes. D'une manière générale, les enfants dont les parents imposent le respect d'un certain nombre de règles d'utilisation sont moins susceptibles de participer à des activités douteuses ou dangereuses en ligne.


  1. Dr. Shaheen Shariff et Rachel Gouin, « Cyber-Dilemmas: Gendered Hierarchies, Free Expression and Cyber-Safety in Schools », présenté à la conférence « Safety and Security in a Networked World: Balancing Cyber-Rights and Responsibilities », Oxford Internet Institute, Oxford, Royaume-Uni, 8 au 10 septembre 2005, p. 3, http://www.oii.ox.ac.uk/downloads/index.cfm?File=research/cybersafety/extensions/pdfs/papers/shaheen_shariff.pdf. L'article est également prévu pour publication dans l'Atlantis: A Women's Issues Journal.
  2. Pour plus de détails, voir le Center for Safe and Responsible Internet Use à http://csriu.org/.
  3. Shariff et Gouin, p. 5.
  4. Nancy Willard, « What is Right and What is Wrong? How can we help young people use information and communication technologies in an ethical manner? », présenté à la "National Conference on Cyberethics", University of Oregon, Eugene, Oregon, octobre 2000, p. 3.


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